Ciao

Ciao
«Ciao, Pirata. Ciao Campionissimo.» Pour son dernier voyage, Cesenatico a voulu rendre un hommage solennel à l'enfant du pays. Dès le milieu de la matinée, une foule immense se pressait devant la petite église de Saint-Jacques-l'Apôtre, où se sont déroulées hier les funérailles du champion cycliste Marco Pantani, décédé dans une chambre d'hôtel dans des circonstances non encore élucidées (1). La famille a eu du mal à se frayer un chemin jusqu'au portail d'entrée, deux cousins ont failli rester dehors.

Dans la nef, le cercueil était entièrement recouvert de gerbes de fleurs blanches et jaunes. L'une d'elles était envoyée par Emanuele Filiberto, prince héritier de la maison de Savoie. Sur la bière, les quatre maillots fétiches du coureur : celui, jaune, du Tour de France 1998 et, à côté, celui de l'équipe nationale d'Italie de cyclisme, tout bleu. En face, le maillot rose du Giro 1998 et un autre, blanc à rayures bleues, de la G. S. Fausto Coppi de Cesenatico, l'écurie dans laquelle Marco Pantani fit ses débuts. Derrière l'autel où il fut baptisé il y a trente-quatre ans, une immense composition florale de roses jaunes et d'oeillets bleus reproduisait les traits du champion.

Aux premiers rangs, derrière la famille, se serraient les fidèles, l'équipe Mercatone Uno au grand complet, Francesco Moser, Gianni Bugno, Davide Cassani, Charlie Gaul, le skieur Alberto Tomba, l'ancien entraîneur de l'équipe nationale de football Azeglio Vicini. Et encore Stefano Garzelli, vainqueur de l'avant-dernier Giro, et Fabrizio Borra, le masseur qui avait permis à Pantani de retourner au cyclisme après son terrible accident contre une voiture.

A la demande de la famille, le service d'ordre avait interdit l'entrée de l'église aux journalistes. La veille, Mamma Tonina, sa mère, un petit bout de femme au caractère vif-argent, s'était répandue en imprécations contre les photographes et les cameramans qui filmaient la chapelle ardente : «Partez ! Vous me l'avez tué avec vos bavardages. Vous n'avez aucun respect. Cela fait quatre ans que vous le torturiez. Vous l'avez vu dans son cercueil : vous êtes content maintenant !»

Dans une lettre de neuf pages écrite peu avant sa mort, lue pendant le service religieux, dans un silence entrecoupé de sanglots, par son ancien manager Manuela Ronchi, Marco Pantani raconte ses «quatre ans de calvaire devant les tribunaux». «J'ai perdu la volonté d'être comme tant d'autres sportifs. Le cyclisme a payé, mais de nombreux jeunes ont perdu espoir en la justice.» Dans son homélie, l'évêque du diocèse, Mgr Antonio Lanfranchi, a appelé le monde du sport à tirer les leçons du drame : «Marco nous invite tous à un sérieux examen de conscience sur ce qu'est le sport et sur ce qui tourne autour du sport.» Le prélat a également rendu un vibrant hommage aux qualités humaines du coureur : «L'homme est toujours plus grand que ses victoires et ses défaites.»

A la sortie, une foule massée sur plus d'un kilomètre jusqu'au cimetière communal a longuement applaudi le cercueil. Damiano Zoffoli, maire de Cesenatico, refuse de croire à la fin du mythe : «Pour nous, Marco court encore.»

# Posté le mercredi 02 mars 2005 09:13

Là-haut, reprends ton vélo

Là-haut, reprends ton vélo
Je te demande, Marco, de bien vouloir me pardonner. J'étais de ceux et de celles qui, depuis cette année 1998, année noire pourtant, déjà, s'exaltaient devant tes exploits alpestres et pyrénéens. Tu surplombais le peloton de ta belle assurance, au sommet de ces cols auxquels, paraît-il, tu rêvais la nuit.

A quel prix avais-tu atteint ce niveau de performance, à martyriser ainsi ton corps et ton esprit. Toujours plus haut, toujours plus vite, mais en réalité toujours plus bas, toujours plus noir. Dans les abîmes des médicaments, des transfusions dans ces hôtels des villes étapes, tous ressemblants.

La triche, pour ne jamais devenir ne serait ce que second, une place qui, aujourd'hui, ne veut plus rien dire, n'intéresse plus personne, dans le cyclisme comme dans tous les autres sports.

Oui, je te demande de bien vouloir me pardonner. Un homme ne peut pas, et ne doit pas, en toute rationalité, enchaîner cinq cols une même journée à la vitesse d'une mobylette.

Tout cela n'a plus aucun sens. Je ne regarderai pas le Tour cette année. Je laisserai les commentateurs aveugles et sots s'enthousiasmer devant l'impossible, hurler leur émotion devant l'image qui tue, qui déchire ! Et regretter l'incroyable défaillance de cet autre coureur, feignant d'ignorer que, ce jour-là, il n'a pas pris, pour une fois, la petite pilule miracle.

Aujourd'hui c'est le sport qui tue, tout court.

Fais-moi plaisir, Marco, là-haut reprends ton vélo, promène-toi, savoure ce petit air frais sur ton front. Pédale tranquillos, arrête-toi, flâne, et repars en sifflotant. Maintenant, tu as tout ton temps, l'ami, et tu verras c'est chouette la bicyclette, crois-moi.

Pierre Diéterlé
Besançon

# Posté le mercredi 02 mars 2005 09:18

Le «pirate» a sombré

Le «pirate» a sombré
Jean-Louis LE TOUZET

Le coeur n'y est plus. Le roi de la montagne est mort et l'Italie pleure son grand petit homme. Après Tacite, Fausto Coppi et Gino Bartali, il y avait Marco Pantani dans le coeur du pays. Son corps a été retrouvé sans vie, samedi soir, jour de la Saint-Valentin dans sa chambre de la résidence hôtelière «le Rose» (les Roses, ndlr) de Rimini, pas très loin de son domicile de Cesenatico (Emilie-Romagne). Le corps du grimpeur a été mis en bière. La médecine légale cherche à savoir de quoi est décédé le double vainqueur du Giro et du Tour de France 1998. Il était le premier Italien à remporter le Tour depuis Felice Gimondi en 1965. Un Tour 98 marqué par l'affaire Festina, qu'il avait réussi à sauver. On lui donnait de «l'Elefantino», pour ses grandes oreilles et son petit corps. Ou du «Pirate». Mais le coureur de la «Mercatone», son équipe, allait de chutes en chutes depuis le Giro 1999. Expulsé de la course pour un hématocrite élevé à la veille de son arrivée alors que Pantani portait le maillot rose de leader. Pantani, ces derniers mois, ne rentrait plus dans son collant rose.

«Je me sens seul»
Il avait fort grossi et se demandait s'il était encore coureur. Il aimait bien cette phrase: «Je gagne, mais je me sens seul.» Il existe de lui une photo très belle. Il est de dos et marche, la tête penchée, et tient par la selle son petit vélo. C'est une photographie prise dans un couloir et Pantani marche vers la lumière. Hier, les réactions furent innombrables. Jean-Marie Leblanc parlait, lui, «d'un énorme gâchis». Pantani était un héros balzacien. C'est la chute de César Birotteau. La grandeur et décadence du coureur. Il reste ce chagrin considérable.

Pantani était une étoile qui aurait énormément consommé d'hydrogène. Il ne lui restait que l'hélium pour grimper si vite. Puis l'hélium vint à son tour à manquer. L'étoile est morte. Les journalistes seraient en cause. Ils auraient tué Pantani, si l'on écoute Richard Virenque: «Les médias ont attaqué un homme dépressif, cela peut conduire aux pires extrémités.» Mais c'est aux astronomes qu'il faut en vouloir quand les étoiles pâlissent, pas à la presse qui sait la duplicité de ce sport et ne lui en veut même pas.

Voilà ce que disait hier Eddy Merckx, quintuple vainqueur du Tour de France, interrogé hier par la RTBF: «Pantani était la proie de la justice italienne.» Ainsi les journaux et la justice furent-ils ses bourreaux ? En quelque sorte les Sanson, père et fils qui coupèrent Louis XVI et Robespierre. Ainsi on aurait procédé de même avec le «Pirate»? Pourquoi ne pas évoquer le temps qui est détraqué ou le pouvoir des astres ?

Dernier Tour
Soupçonné d'être un grand professeur de fric-frac par les autorités italiennes qui découvrent dans une descente de police des produits qui aident à l'élévation des champions, Pantani reporte alors ses retours à la compétition. Pourtant, en 2000 sur le Tour de France, il remporte l'étape du Ventoux, Lance Armstrong lui laissant la victoire. Pantani avait ce jour-là le visage de la lune de Georges Méliès et ne voulait pas de la pitié du champion. Quelques jours plus tard, Pantani quittera le Tour, prétextant «des embarras gastriques». Le Tour ne le reverra plus.

Philippe Brunel de l'Equipe, qui aimait l'Italien d'un amour sincère, a vidé pour lui des encriers et noirci de très belles pages. Brunel rapportait en octobre des propos qui sonnent aujourd'hui comme un drôle de glas. Voilà ce que disait Marco Pantani : «Je me sens un ex dans tous les sens du terme. J'ai débranché la prise. Je ne suis pas stupide, on ne s'intéresse pas à moi par affection, mais parce que le sport moderne a besoin de personnages.» Le cyclisme mange-t-il ses enfants ? Ça y ressemble. Les champions meurent dans la fleur de l'âge et croquent des anxiolytiques comme des Tic-Tac au menthol. C'est à n'y rien comprendre. Pire. Les jeunes cyclistes passent pendant leur sommeil et les champions qui ont l'âge du Christ s'en vont en laissant des notes posthumes. Certes, Pantani était devenu depuis trois saisons un cycliste tâtonnant. Gimondi disait: «Cet homme a tout payé et trop cher.» Pantani était rentré dans le bestiaire du cyclisme. Il était l'égal du Luxembourgeois Charly Gaul et pas plus gros que ne l'était le Belge Lucien Van Impe quand il remportait le Tour 1976 chez Gitane-Campagnolo de Cyrille Guimard.

Pantani était célébré, aimé, admiré. Il avait du bien, était à l'abri du besoin. Sa maman tenait un kiosque à journaux. Elle le jette à 12 ans dans les pattes du club Fausto Coppi Cicloturismo.

L'Alpe-d'Huez en 36' 50"
Pantani, c'était 34 pulsations cardiaques au repos, 1,70 m, 57 kilos, 4 % de masse graisseuse et 6 litres de capacité pulmonaire. Voilà pour les chiffres. Le grimpeur espagnol de la Banesto, Jose-Maria Jimenez, également soigné pour une dépression lourde, disait de Pantani à l'époque : «Quand il attaque, c'est tellement difficile qu'on ne pense à rien. De toute façon, on est toujours battu par Pantani.» Jimenez est décédé en novembre d'une crise cardiaque à l'hôpital psychiatrique San Miguel de Madrid. Il avait 32 ans. Nous sommes très loin de l'allégresse de l'étape de L'Alpe-d'Huez 1995. Ce jour-là, le «Pirate» mettra 36' 50" pour arriver au sommet.

L'Union cycliste internationale (UCI), dans un communiqué, «exprimait sa profonde tristesse. Les graves difficultés personnelles et l'immense pression avec lesquelles Marco a dû se confronter dans la dernière phase de sa carrière ne peuvent pas effacer, aujourd'hui, l'image d'un champion parmi les plus aimés du cyclisme». Au départ du Giro 2000, il est reçu en audience papale avec l'ensemble du peloton. Qui prononcera l'éloge funèbre du héros ? L'Italie est à terre et n'en finit pas de pleurer. En 1999, quand il est expulsé du Giro pour un contrôle sanguin, le leader du Parti de la refondation communiste, Fausto Bertinotti, lâchait une longue plainte : «La guerre, le chômage et maintenant Pantani.»

Le coureur est mort en esclave d'un système. C'est l'histoire des lapins de laboratoire. On leur injecte de la Novocaïne pour voir s'ils font des pirouettes en jouant du tambour. Cet homme souffrait horriblement. Il est mort seul et on est désemparé. Pendant ce temps, le cyclisme continue de joue de la lyre, comme Néron, alors que Rome brûle. La ménagerie du vélo le pleure. Pantani avait formulé un voeu : «Armstrong ? J'aimerais bien le voir perdre. Il s'est fâché quand je l'avais comparé à un héros de BD. Mais comment voir autrement un coureur qui gagne le Tour après avoir vaincu le cancer ?» Promis, on lui racontera.
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# Posté le mercredi 02 mars 2005 09:19

Une lettre-testament

Une lettre-testament
Un testament anticipé en forme de j'accuse : les phrases griffonnées par le champion italien Marco Pantani sur les pages de son passeport pendant un voyage à Cuba, dénoncent la justice, la presse et le milieu pour l'avoir persécuté et humilié.

«J'ai été humilié pour rien. Pendant quatre ans, j'ai été dans tous les tribunaux. J'ai seulement perdu l'envie d'être comme les autres sportifs», a-t-il écrit. Selon le quotidien La Gazzetta dello Sport, ces mots ont été rédigés en décembre, mais le journal La Republica les date de janvier. En fait, Marco Pantani a effectué deux voyages à Cuba.

«Sur les pages du passeport, le +j'accuse+ du champion», titre la Republica, qui y voit «une accusation» contre le système, le sport-spectacle en général, mais aussi «un appel à l'aide».

«Le cyclisme a payé cher et beaucoup de jeunes ont perdu espoir en la justice. Moi je me suis fait mal en écrivant ces vérités sur mon passeport, pour que le monde se rende compte que tous mes collègues ont subi des humiliations, jusque dans leurs chambres, avec des caméras cachées, pour détruire des familles», a écrit Marco Pantani dans ce texte lu mercredi par son amie et ancien agent Manuela Ronchi pendant la messe de ses obsèques.

«Violences de la justice»
Selon la Republica, «ce sont les mêmes paroles que Pantani avait utilisées pour se défendre devant les tribunaux qui l'accusaient de dopage et qui sont répétées aujourd'hui pour dire qu'il avait raison lui, le Pirate, pauvre persécuté et victime d'un complot».

«Ensuite, comment éviter de se faire du mal (...) Je sais que j'ai commis des erreurs, mais, seulement quand ma vie sportive et surtout ma vie privée ont été violées. J'ai beaucoup perdu. Une chose demeure, tant de tristesse et de rage, pour les violences de la justice (...) Mon histoire, j'espère, servira d'exemple pour les autres sports. Des règles oui, mais égales pour tous. Il n'existe pas de métier où il faille donner son sang pour l'exercer (...) Il y a beaucoup de familles dont l'intimité a été violée. Allez donc voir ce qu'est un cycliste et combien d'hommes sombrent dans une tristesse terrible en cherchant à rattraper leurs rêves d'hommes et qui se brisent dans les drogues», a ajouté le champion.

«Il aimait trop la vie»
Cette lettre-testament ne préfigure pas cependant, selon le parquet de Rimini, une possible volonté de suicide. «Plus mon enquête avance et plus je suis convaincu que Pantani ne s'est pas suicidé. Il aimait trop la vie», a déclaré mercredi le magistrat Paolo Gengarelli, en charge de l'enquête sur la mort du coureur.

«Je veux continuer à gagner, encore, beaucoup, parce que ce ne sera pas seulement pour moi, mais pour lui. Chaque fois que je gagnerai une course, ce sera en fait une partie de lui qui gagnera avec moi», a pour sa part annoncé son ami, le champion cycliste Mario Cipollini.

«Pantani est la victime sacrifiée de la société du spectacle qu'est devenue le sport, ou plutôt le sport le plus difficile et massacrant qui soit, le cyclisme», a conclu le principal quotidien italien, Corriere della Sera, dans un éditorial intitulé «Orgueil et faiblesse».

Marco Pantani a été retrouvé mort samedi dans un appartement-hôtel de la station balnéaire de Rimini, proche de Cesenatico, où il s'était installé le 9 février. Il avait 34 ans, depuis quelques semaines.
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# Posté le mercredi 02 mars 2005 09:22

Un livre sur Pantani

Un livre sur Pantani
Un livre qui mène tout une enquête sur la mort de Pantani à été écrit. Il raconte aussi toute sa vie... Malheureusement il n'est pour l'instant pas traduit en français... Et je crois qu'un film retrassant sa carrière est en cour de création...

# Posté le mercredi 02 mars 2005 09:24